Douala! Moving for(w)art!
Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas l’admettre: Douala cristallise depuis plus de 20 ans les regards dans le champ de la création en arts visuels au Cameroun. Le pari qu’ont pris des « visionnaires » tels que le tandem Didier Schaub – Marylin Douala-Bell, Marème Malong en créant respectivement Doual’art et La Galerie Mam, a fini par produire un bouillonnement dont l’écho dépasse désormais largement les bornes de son espace géographique. Les deux structures ont en effet contribué à échafauder les bases d’une réflexion sur la production plastique contemporaine, chacune dans son champ de prédilection. Les plasticiens installés dans la métropole économique, qu’ils soient autochtones ou venus d’ailleurs, jouissent de ce fait aujourd’hui d’un statut plus désirable et côtoient, comparativement à ceux vivant dans d’autres villes, le marché local ou international avec un certain égard. Boutiques de matériels, showrooms, kiosques fournis en ouvrages d’art et même écoles, ont emboité le pas et se discutent désormais la vedette, rivalisant de contenus. Le décor est planté.

A ceux qui se posent donc encore la question de savoir pourquoi Douala Art Fair, la réponse semble évidente et tient sur de fermes pylônes. Car, quoi de plus normal que d’organiser une manifestation d’une telle ampleur dans un contexte qui a appris à apprivoiser bon gré mal gré, la création contemporaine et bénéficie dès lors d’une certaine « affinité sociologique » avec ses auteurs, mais davantage, ceux évoluant en son sein. La première édition du Douala Art Fair s’inscrit ainsi dans une logique de réaffirmation de la place majeure qu’occupe la capitale économique du Cameroun dans sa contribution à la visibilité de cette production étonnante, débordante mais peu souvent promue localement. Il s’agit pour ses promoteurs de lancer, non plus un cri d’alerte, mais d’appel à l’endroit de potentiels collectionneurs, galeristes, commissaires, fondations, musées, etc. dont l’intérêt pour la création contemporaine africaine est avéré. L’heure étant au repositionnement des valeurs africaines et à la reconsidération du vaste potentiel des ressources qu’elle regorge, braquer les projecteurs sur cette mutation qui traverse le continent semble être une nécessité impérieuse.

Le Cameroun, cela se sait, est un réservoir à talents en la matière. De Barthélémy Toguo, à Bili Bidjocka en passant par Pascale Marthine Tayou, Joël Mpah Dooh, Hervé Yamguen, Justine Gaga, Boris Nzebo, Jean David Nkot, les noms sont légion dans cette sphère qui ne sont plus à présenter. Il restait un aspect à prendre en compte, une fenêtre à ouvrir, pour soutenir de manière efficiente et harmonisée le développement de ce champ au Cameroun ; Douala Art Fair voudrait se positionner comme ce déclencheur-là. L’ambition paraît certes colossale au vu des multiples enjeux, mais comme le dit si bien le dicton : « Qui ne risque rien n’a rien !». Ce risque, l’agence Omenkart le prend, conscient que l’engagement citoyen occupe dorénavant et plus que jamais, une place capitale dans l’amélioration des conditions de vie et d’émancipation des populations. Là où parfois, les systèmes étatiques échouent. C’est une vision, un rêve dans le « chant des possiblesi » qu’elle souhaite distiller, en s’appuyant naturellement sur les acquis engrangés depuis deux décennies par ses aînés.

Soyez-donc les heureux invités à un ouvrage collectif ! Une entreprise assurément citoyenne qui a bravé les obstacles pour s’affranchir des hésitations et des « et si ça ne marchait pas ?» pour offrir à la ville de Douala et au Cameroun tout entier, une occasion de briller davantage. Ici comme ailleurs. Picasso articulait « L’art n‘est pas uniquement fait pour décorer les murs mais joue un rôle important dans la libération des peuples et des esprits. » Cet évènement n’est pas qu’un prétexte pour l’art et le marché. Il s’inscrit amplement dans cette vision picassienne. Car si l’art est libération, il est donc nécessairement croissance. Ce en quoi l’Homme dans sa dimension la plus essentielle, aspire. En tout lieu, en tout temps.

Landry Mbassi, Commissaire